Association des paralysés de France

 

Dernière mise à jour le : 27/06/2008 à 22h07

Association des paralysés de France

 

I) 1930-1933 - Naissance et officialisation du mouvement

André Trannoy, Jacques Dubuisson, Jeanne Henry et Clothilde Lamborot, quatre jeunes Français en cure à Lausanne, créent des cahiers de correspondance pour entretenir leur amitié une fois le séjour terminé. Ces cahiers, dont la circulation s'étend rapidement à d'autres personnes paralysées de toute la France, prennent le nom de cordées. Une première forme d'expression et d'entraide est née.

Durant l'été 1932, André Trannoy et Clothilde Lamborot se retrouvent à Lausanne, où ils élaborent le projet d'une Amicale, forts du succès des cordées qui comptent déjà 61 correspondants. L'année suivante, André Trannoy lance Faire Face (6 mars 1933) et fonde l'Association des Paralysés et Rhumatisants, enregistrée au Journal officiel le 17 mai 1933.

Les membres fondateurs affirment d'emblée les vrais enjeux de l'APR : " la découverte des autres, les tribus de paralysés, des milliers de personnes, polios, myopathes, IMC, personnes atteintes de polyarthrite, de sclérose en plaques et bien d'autres maladies évolutives, maladies osseuses, accidentés du travail ou de la route… ".

Trois ans plus tard, en 1936, l'APR obtient son premier stand à l'exposition du Progrès social à Lille : le président Albert Lebrun témoigne son intérêt en s'arrêtant devant le stand.

La condition des personnes paralysées trouve également un écho dans le milieu universitaire et scientifique : Jacqueline Hébrard, adhérente des premiers jours, soutient une thèse sur " Le service social auprès des enfants d'âge scolaire ", dans laquelle elle dénonce les carences des pouvoirs publics vis-à-vis des enfants paralysés. Un autre adhérent, le docteur Rousseau, choisit pour sujet de thèse de médecine " L'Enfance infirme en France. L'urgence d'une solution ".

 

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II) 1933-1945 - Embryon d'un réseau national et d'un service social

Les objectifs d’APF :

Charte D’APF

Les cordées et la rubrique " entraide " du journal Faire Face connaissent un tel succès que l'APR met en place des permanences plus proches des usagers : dès 1935, des secrétariats régionaux sont créés dans le lyonnais et le Dauphiné, en Anjou, en Franche-Comté, en Savoie, en Bretagne, dans l'Aisne... Leur mission ? André Trannoy la décrit dans Saga : " un secrétariat, c'est un, ou une secrétaire, pivot de l'action, paralysé ou valide, qui accueille les demandeurs, rassemble les renseignements, organise une consultation médicale, saisit les opportunités pour procurer un répétiteur, dénicher un logement habitable par un paraplégique, décrocher un secours […]. C'est mettre en branle les dépanneurs, médecins, enseignants, officiels ou privés, administrateurs de ceci ou cela. ".

En 1936, André Trannoy rencontre Germaine Plommet, amie d'enfance en instance d'obtenir le diplôme d'Etat d'Assistance sociale. De leur échange naît l'idée de mettre en place un service social spécialisé pour les paralysés. L'APR se dote d'une assise technique, pilotée par Germaine Plommet, et animée par une assistance bénévole, puis par une assistante à temps plein.

" Les vacances, nouveau monde pour les handicapés, c'est aussi la découverte de soi-même et de possibilités insoupçonnées. Pierre s'est mis debout pour la 1ère fois grâce aux attelles d'un camarade ; Liliane a réussi à tenir un crayon entre l'index et le médius, et la voilà décidée à arriver à écrire. On apprend des tas de choses les uns des autres, et l'on devient inventif. On se fait des amitiés pour toujours […]. Certains n'avaient pas quitté leur chambre depuis des mois, voire des années. Un mois au grand air fut pour eux un renouveau, une raison de plus de croire en la vie. " André et Françoise Trannoy, Saga, Association des Paralysés de France, soixante ans d'aventure, Paris, Editions Athanor, 1993.. et Inter-chefs

1936, la France vit à l'heure des premiers congés payés. L'APR aussi ! Jacqueline Hébrard organise un séjour à Berk pour une dizaine de jeunes filles et Thérèse Bonnaymé choisit une ferme abandonnée du Jura pour que de jeunes paralysés puissent bénéficier de vacances.

A la veille de la guerre, l'association compte déjà six colonies et participe au 1er camp international en Suisse. En 1945, près de 250 jeunes bénéficient de douze colonies organisées par l'APR.

Vers la reconnaissance d'utilité publique :

" Peut-être les souffrances partagées, l'angoisse nationale, les difficultés quotidiennes communes sont-elles un terreau favorable à la solidarité. " André et Françoise Trannoy, Saga, Association des Paralysés de France, soixante ans d'aventure, Paris, Editions Athanor, 1993.

Ces efforts de tous les instants, cette persévérance face à l'adversité, ne sont pas vains : en 1945, l'APR compte 14 000 membres actifs et sympathisants. Dix délégations couvrent 30 départements et regroupent plus de 2500 adhérents. Le 22 mars 1945, l'APR, devenue APF, Association des Paralysés de France, est reconnue d'utilité publique par décret signé du général De Gaulle.

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III) 1945-1960 - Essor de l'APF

Création de centres

" Un nouveau pas en avant ! L'APF envisage la création de trois centres. " Titre à la une de Faire Face, juillet-août 1945

" Le nombre des paralysés qui s'adressent à l'APF va croissant ; la plupart demandent à être soignés et à apprendre un métier. Alors se vérifie désespérément l'exactitude de ce que nous crions sur les toits depuis 1932 : l'insuffisance dérisoire, honteuse, révoltante, du nombre d'établissements existant en France pour répondre à cette nécessité. " Inter-chefs, avril 1947

L'APF renforce son réseau national

" L'objectif de notre association est bien net : parfaire notre réseau de sauvetage à travers toute la France, en resserrer et nouer les mailles de telle sorte que n'importe quel paralysé en difficulté dans n'importe quel coin du Nord ou du Midi, de l'Est ou de l'Ouest, puisse s'il le veut, s'accrocher à ce filet de salut ", Faire Face, janvier 1953

" L'organisation régionale de l'APF est sa force et son avenir ", Inter-chefs, janvier 1956

" Créer un réseau d'amitié, d'abord entre 20, 30, 100, etc., chacun apportant à la communauté le capital de ses relations personnelles ; tels sont en résumé l'histoire et le secret du développement de l'APF ", Inter-chefs, décembre 1956

Multiplier les échanges, dynamiser un réseau chaque jour plus fort, fédérer les énergies : tel est le but affiché de l'APF. Le service des délégations réunit le premier congrès des cadres en 1947. Dans la foulée, les congrès nationaux ou régionaux, les rencontres de Groupes (jeunes, parents, amitié…) deviennent réguliers pour permettre l'expression de tous, harmoniser les actions et renforcer le sentiment d'appartenance au mouvement.

Forte de 38 000 membres en 1950, l'APF en compte 71 000 en 1960, affiliés aux délégations régionales ou départementales de plus en plus nombreuses.

L'APF développe ses moyens

   " C'est un jeune paralysé qui vous parle, au nom des douze mille membres de l'Association des Paralysés de France. […] Nous qui avons eu trop de mal à nous tirer d'affaire tout seuls, nous voulons épargner à nos successeurs les difficultés que nous avons connues nous-même. C'est pourquoi l'APF a été fondée. Paralysés et bien portants, aidez-nous tous, car nous aussi nous reconstruisons la France. " Extrait d'une allocution à la radio nationale en juin 1946

En 1951, le siège social de l'APF s'installe Avenue Mozart (Paris 16e), après avoir occupé, pendant 18 ans, des locaux exigus rue de Clichy puis rue de Chabrol. Une politique de médiatisation et de " propagande " se met en place à destination du grand public et au service des adhérents et des usagers de l'Association : participation à des émissions radiophoniques, insertion d'articles dans la presse locale, réalisation de films, édition de brochure mobilisatrice et de tracts, création de panneaux pour la tenue de stands… Le mouvement affirme une identité chaque jour plus forte et acquiert une notoriété incontestable. Les bénévoles sont de jour en jour plus nombreux à apporter leur contribution, les témoignages de sympathie affluent.

Le 5 juin 1949, l'APF obtient l'autorisation, alors très rare, d'organiser une journée annuelle nationale qui permet de faire appel à la générosité du grand public et de faire connaître le mouvement : Faire Face salue cette victoire par un titre sans équivoque : " Un pas de géant ! " (mars-avril 1949).

S'engager pour faire évoluer la législation

" Parmi les préoccupations d'un ministre, d'un parlement, celles qui ont trait à l'amélioration du sort des infirmes sont loin d'être primordiales, et c'est pourquoi demandes de subvention, projets de loi, n'aboutissent guère. Il faudra crier pendant des années encore, et agir, pour être vraiment entendus " André Trannoy, Faire Face, octobre-novembre 1946

" Aujourd'hui, après la victoire du 2 août 1949, un nouveau pas est franchi ! L'APF a posé les premiers jalons du chemin que les paralysés doivent suivre pour prendre place dans la communauté nationale et y travailler […]. Nous avons la satisfaction et la fierté de voir que les pouvoirs publics s'engagent dans la voie que nous avons tracée et sur les bords de laquelle s'élèvent nos établissements " Faire Face, février 1950

La principale revendication de l'APF pendant la période porte sur l'intégration sociale et le droit au travail. En effet, depuis 1905, aucun texte n'est venu modifier la vieille loi d'assistance " aux vieillards, infirmes et incurables ", en inadéquation totale avec l'évolution de la société. Après la mise en place de la Sécurité sociale, deux lois vont enfin faire avancer l'intégration sociale et économique des personnes handicapées : le 2 août 1949, la loi Cordonnier instaure une protection sociale " propre aux personnes dont l'infirmité entraîne au moins 80% d'incapacité permanente " et le 23 novembre 1957, la loi Gazier définit un premier cadre pour l'emploi des travailleurs handicapés. D'autres mesures renforcent ce dispositif embryonnaire : prise en charge du fauteuil roulant en 1950, Fonds national de solidarité en 1956, exonération de la vignette auto, exonération des cotisations patronales pour les titulaires de l'allocation tierce-personne. L'APF, par ses engagements quotidiens, contribue à l'obtention de ces

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IV) 1961-1975 - Pour la reconnaissance des droits :

Revendiquer " l'école pour tout le monde " et le droit " d'aller à l'école de tout le monde "

" Classer, par une simplification abusive, nos enfants handicapés moteurs parmi les inadaptés, voire inadaptables à la vie scolaire et à la vie tout court, constitue une inexactitude fort dangereuse. ", André Trannoy, Faire Face, janvier 1968.

Après la circulaire du 5 janvier 1959 sur la " scolarisation des enfants atteints d'infirmité motrice " et avec la création de " l'Allocation d'éducation spécialisée pour enfant handicapé ", le 31 juillet 1961, les revendications de l'APF sur l'intégration scolaire et l'accessibilité des établissements semblent enfin être entendues. Mais le chemin à parcourir est encore long… Prendre l'initiative, montrer l'exemple, telle est la volonté de l'APF. Dès 1968, deux Instituts d'éducation motrice (Villeneuve-d'Ascq et Bordeaux) voient le jour. En novembre 1971, la création des deux premiers Services d'éducation et de soins spécialisés à domicile (Brest et Corbeil) est une expérience novatrice en France. De nombreux autres IEM et SESSD suivront avec des résultats toujours aussi probants.

Sensibilisation et revendication, législation et intégration

" En ce qui concerne les handicapés, on peut résumer l'évolution de l'accueil que leur a successivement réservé la société au cours des siècles par ces quatre termes : charité, assistance, solidarité, droits. ", Claude Lospied, Handicapés quel sont vos droits ? loi d'orientation du 30 juin 1975 et vie sociale, 4e édition, Paris, Editions Lavauzelle, 1990.

" En luttant pour l'intégration, nous luttons pour la dignité du handicap. Nous luttons pour la dignité de l'homme ", André Trannoy, Saga, op. cit.

Sur le plan international, l'APF multiplie les contacts et accroît sa participation aux conférences, aux congrès, aux rencontres sportives... Au niveau national, le mouvement oriente de plus en plus ses actions dans le sens d'une sensibilisation de la société au handicap. Le 2 décembre 1962, l'APF organise sa première manifestation sur la voie publique : la presse et l'opinion soutiennent le mouvement et adhèrent aux revendications légitimes inscrites sur les banderoles et scandées par des milliers de voix. Au cours de la décennie, deux nouvelles revendications s'imposent : la compensation et l'accessibilité.

Face aux incohérences et aux carences de la loi ou aux lenteurs d'application des décrets, l'APF met en place un service juridique spécialisé dans la législation concernant les personnes handicapées. Claude Lospied, rédacteur en chef à Faire Face en est le principal animateur. L'APF participe activement à l'élaboration de la loi d'orientation en faveur des personnes handicapées, votée à l'unanimité par le parlement le 30 juin 1975. Cette nouvelle victoire n'en demeure pas moins une étape dans le processus de la reconnaissance des droits.

Si la société évolue vers une plus grande mixité (par exemple les mariages entre personnes valides et personnes handicapées deviennent plus fréquents), il reste encore à changer le regard de l'autre sur le handicap. Au tournant des années soixante-dix, la question de la visibilité devient essentielle pour interpeller les pouvoirs publics et les acteurs économiques, pour sensibiliser le grand public, pour simplement être des citoyens à part entière…

Le 10 février 1974, l'APF quitte ses locaux de la rue Mozart pour s'installer au 17 boulevard Blanqui, dans un immeuble moderne de neuf étages.

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V) 1975-1990 - actions et revendications pour être des citoyens à part entière

Depuis le congrès de 1970, le mot Revendications remplace celui de vœux. Des formes d'engagement plus militant viennent désormais renforcer le travail quotidien de terrain et les actions concrètesmenées par l'APF.

En quinze ans, l'association multiplie les initiatives, de la mise en place du premier service d'auxiliaire de vie (en 1976 à Bordeaux), à l'inauguration du premier appartement de préparation et d'entraînement à la vie autonome (dans le Var en 1990), en passant par la première intervention d'ergothérapie à domicile(1987) ou la manifestation de 1982 sur l'accès aux transports. Dans le même temps, la loi du 10 juillet 1987 consacre l'obligation d'emploi des personnes handicapées en milieu ordinaire. Après l'urgence des débuts de l'APF, une nouvelle revendication émerge de façon de plus en plus forte, celle de mener la vie la plus autonome possible.

En 1979, André Trannoy quitte définitivement la présidence de l'APF. Paul Boulinier lui succède.

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VI) 1990-2007 - Droit à compensation et autonomie de vie : "On est tous fait pour aimer la vie."

Le 14 avril 1992, l'APF mobilise 25 000 personnes handicapées et leurs familles, dans les rues de Paris. Leurs revendications portent sur des ressources décentes et la juste compensation des coûts occasionnés par le handicap. C'est une première en France ! Sous la pression des personnes handicapées, une nouvelle revendication émerge : le droit à compensation.

En 1993, la première équipe spécialisée pour une vie autonome à domicile voit le jour à Montpellier.

Simultanément, les pouvoirs publics créent une nouvelle allocation destinée à couvrir les surcoûts d'une vie autonome.

Le 29 mai 1999, l'APF et l'AFM mobilisent 22 000 personnes, venues de toute la France, pour la reconnaissance par les pouvoirs publics du droit à compensation.

En 2000, Marie-Sophie Desaulle prend la succession de Paul Boulinier à la présidence de l'APF. Marc Rouzeau occupe les fonctions de Directeur général depuis 1991.

Le 15 mai 1994, l'Association des Paralysés de France perd André Trannoy, son père fondateur et plus ardent bâtisseur. Les moments de tristesse et de deuil, laissent progressivement place au temps du souvenir : la mémoire collective de l'APF, c'est une convergence de parcours et d'engagements de femmes et d'hommes, au premier rang desquels se dessine la silhouette de celui qui n'hésita jamais à " risquer l'impossible ".

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VII) Les sites

Le site principal d’APF en France

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